Pages Navigation Menu

بوسعادة | بوابة الصحراء | مدينة العلم والمعرفة


L’affaire Bellounis (1957-1958)

LE MOUVEMENT NATIONAL ALGERIEN (MNA) ET L’AFFAIRE BELLOUNIS

Par Benhouhou Saâdi

Depuis plus de 50 ans, le nom du sinistre « général Bellounis » est lié à l’histoire de Bousaâda, alors que l’essentiel de son action c’est déroulé dans la région de Djelfa, notamment à Dar Chioukh, son PC. Sur la carte établie par Philippe Gaillard (en annexe), on voit clairement que Bousaâda-ville est en dehors du territoire concédé à Bellounis par la France. Les sbires de ce général d’opérette n’on jamais pu s’incruster à Bousaâda, qui est une ville plutôt nationaliste, donc FLN. S’il a pu gagner, dans la compagne, quelques « sympathisants », c’est n’est que par l’usage immodéré de la terreur et du meurtre. Si le nom de Bousaâda est mêlé à cette affaire, c’est parce que c’était une ville garnison, comme Djelfa. Pour comprendre ce qui c’est passé, voici un résumé de cette affaire, puisé en partie sur les archives et le notes de l’aspirant du contingent Philippe Gaillard, adjoint au chef de SAS de Djelfa et son livre « L’alliance : La guerre d’Algérie du général Bellounis (1957-1958) ». Pour comprendre l’histoire, il faut distinguer deux épisodes : celle du mouvement nationaliste de Messali Hadj (MNA), qui luttait pour l’indépendance de l’Algérie, mais qui était contre le FLN, qu’il jugeait communiste à la solde de Moscou, et « l’affaire Bellounis », proche de Messali, mais manipulé, armé et utilisé par la France, contre ses frères de combat du FLN.

Qui est Bellounis ?

Mohamed Bellounis est né le 11 novembre à Bordj-Menaïel en 1912, de père kabyle (Rabah ben Mohammed) et de mère arabe (Rouza bent Hamoud Benterzi. Il est l’ainé d’une famille de notables ruraux, de douze enfants. Mohammed fréquente l’école française et ne dépasse pas le niveau du certificat d’étude, mais il deviendra un autodidacte grâce à son goût de la lecture. Il aide son père dans l’exploitation de la ferme familiale. En 1937, il épouse sa cousine Chérifa Hachemi et aura deux filles (Mounia et Djedida). E n 1939, il est mobilisé et envoyé sur le front dans l’est de la France. Après avoir été blessé deux fois, il est fait prisonnier et interné dans un stalag en Allemagne. Après l’échec d’une tentative d’évasion par un égout, il est atteint de tuberculose et libéré avec un contingent de malade en 1941 ; il avait le grade de sergent. En 1942, il est rapatrié en Algérie. Au printemps 1945, il est démobilisé et il plonge dans la politique en adhérant  au PPA (Parti du Peuple Algérien), participe aux manifestations du 08 mai 1945 (Sétif) et sera arrêté à plusieurs reprises. Il devient très vite un des dirigeants locaux du parti, à Bordj-Menaïel.

Il était partisan du changement par la force mais essaya d’autres méthodes. Il se porta candidat aux élections des conseils municipaux en 1947. Durant cette année, il est arrêté et condamné à cinq ans de prison pour atteinte à la sureté extérieure de l’Etat. Incarcéré d’abord à Barberousse, puis à Tizi-Ouzou, il achève de purger sa peine à Blida, où le rejoignent, en 1951, la plupart des dirigeants de l’OS (Organisation Spéciale). C’est ainsi qu’il aide Ahmed Ben Bella et Ahmed Mahsas à préparer leur évasion, qui a lieu le 16 mars 1952. Juste après, il est libéré et rentre dans sa ferme.  

Lorsqu’éclata, en 1953, la crise au sein du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), il se rallia à Messali El Hadj et lui demeura fidèle.

Après le déclenchement de la guerre en 1954, Mohamed Bellounis est chargé de prendre la tête des groupes en formation et de les structurer. C’est ainsi qu’un maquis MNA s’implante dans la région de Bouira. La police coloniale laisse faire. De nombreuses batailles eurent lieu entre ses troupes et celles du FLN, notamment dans les wilayas III et VI. A la fin de l’année 1955, Krim Belkacem, envoie Amirouche, à la tête de plusieurs centaines de combattants, à l’assaut de camp de Bellounis, à 5 km de Guenzet. Le combat dure 48 h, au cours desquelles l’armée française observe de loin et au terme desquelles la troupe MNA est taillée en pièces. Bellounis est un des rares rescapés. Il part à son tour vers le sud (Djelfa), où il retrouvera bientôt son lieutenant Rabah el-Berradi. Sur la base du petit noyau de survivants, il reconstitue un maquis qui prend, tout de suite de l’extension. En effet, le chef messaliste s’efforce alors d’établir son autorité sur les commandants de deux autres armées autonomes se réclamant du MNA, implantées dans le centre des hauts-plateaux présahariens et du Sahara septentrional.

Le premier, Achour Ziane, né en 1919 à Besbes, prés d’Ouled-Djellal, fut responsable de l’information du MTLD à Ouled-Djellal à partir de 1945. En 1954, il a récupéré des armes dans des caches de l’OS et levé quelque 500 hommes dans la région de Djelfa. Secondé par un ancien de l’OS, Abdelkader Ramdane dit Latrèche (le Sourd), il a implanté cette troupe, entre Djelfa et Ouled-Djellal, dans le Djebel Boukahil. Ses hommes, dit « zianistes » avait un dédain affiché du côté du FLN. Grâce aux trois émissaires MNA (Mohammed Meftah, Rabah Boulahia et Larbi le kabyle) envoyés à Ziane, Bellounis  ne trouve aucune difficulté à le convaincre de rester à ses côtés pour encadrer  et renforcer son « armée ». D’autres capitaines plus ou moins autonomes viennent alors, certains avec leurs hommes grossir les effectifs de Ziane. C’est le cas d’Abdelkader Djokhlaf, d’Abderrahmane et Mohammed Belhadji. La troupe compte alors 2000 hommes.

Le second chef autonome, Ahmed Ben Abderrezak, dit « Si Haoues » est un ancien de l’OS, dont les hommes opèrent plus au sud, dans une vaste zone d’Ouled-Djellal à Ghardaia. Avant son ralliement définitif au FLN, il fait d’abord allégeance à Messali et intègre l’armée de Bellounis pour une petite période. En juin 1956, au cours d’une réunion à Boukehil, Si Haoues, en analysant la situation, conclu que les nationalistes devaient s’unifier derrière le FLN. Ses interlocuteurs ont demandé un délai de réflexion, dans l’intention de consulter Mostefa Ben Boulaid, commandant respecté de ce qui va devenir la wilaya I ; or en réalité, lors de cette rencontre, Ben Boulaid était mort depuis plus de deux mois et son décès gardé secret par son entourage. Ce qui retardera leur ralliement.

Le 7 novembre 1956, Achour Ziane est tué au cours d’un combat avec l’armée française au lieudit Chegga dans l’est du Boukehil, avec deux de ses lieutenants et six djounouds. Les combats dureront jusqu’au 18 novembre, et l’on décomptera 146 morts dans les rands du MNA. Amor Driss succède à Ziane.       

Dés le printemps 1955, Krim Belcacem, envoie un détachement FLN, sur les hauts-plateaux du côté de Djelfa et Bousaâda, le terrain où opère Ziane. Cette petite troupe est commandée par Ali Mellah, alias Si Cherif, un ancien de l’OS et compagnon de Krim. Elle va constituer le noyau de la future wilaya VI, celle du Sahara.

Au début de mars 1957, la « Mintaka MNA du Sahara » constituée par Amor Driss en cinq compagnies autour du noyau hérité d’Achour Ziane, paraissait solidement implantée sur deux axes parallèles nord-est/sud-ouest, le premier de part et d’autre de Djelfa, le second entre Ouled-Djellel et Messaad :

1)      Secteur nord-est de Djelfa. 200 hommes. Commandant : Amor Driss, adjoint : Si Saïd.

2)      Secteur sud-ouest de Djelfa. 130 hommes. Commandant : Si Larbi, adjoint : Khélifa Ben Mohammed

3)      Secteur nord d’Ouled-Djellal. 100 hommes. Commandant : Abdelkader Djokhlaf.

4)      Secteur du Djebel Boukehil. 100 hommes. Commandant : Hadj Lakhdar, adjoint Derradji.

5)      Secteur ouest de Messaad. 100 hommes. Commandant : Abdelkader Latrèche.

A cette période, la confusion est telle que personne ne sait qui était qui. Dans les villes, les gens ne font pas la différence entre MNA et FLN ; pour eux les nationalistes, à leur tête le « Zaïm » Messali El Hadj, mènent le combat pour le recouvrement de notre indépendance. Les jeunes recrues qui montent au maquis sont accueillies, soit par les troupes FLN ou celles du MNA. Il leur faut plusieurs mois dans telle ou telle camp, pour comprendre la situation. La désertion est punie de mort par égorgement dans les deux camps.

Beaucoup d’officiers et de djounouds «messalistes» ont choisi de rallier les rands FLN. Si Haoues et Amor Driss se rallient finalement au FLN avec le gros de leurs troupes ; le premier à l’est, dans la wilaya I, dont ses unités formeront la mintaka saharienne et le second à l’ouest, dans la wilaya V, à la trésorerie de laquelle il fait apport du butin de guerre de Ziane, évalué à 130 millions de francs. C’est un véritable coup dur pour Bellounis qui voit ainsi son potentiel très affaibli par la perte d’un millier de combattants bien équipés et bien armés. Au mois de mai 1957, après qu’Amor Driss est parvenu à un accord avec Si Mourad sur la délimitation de sa zone, la radio du Caire proclame qu’il n’y a plus qu’une seule armée au Sahara.

Et c’est presque exact. Les katibas du front exécutent une offensive généralisée contre les troupes de Bellounis, et on relève des opérations efficaces de Si Mourad dans la région de Boughari, de Lakhdar el-Tablati prés de Bouira, d’Amirouche du côté de M’sila, et même de Si Haoues qui veut faire ses preuves, aux environs de Bousaâda. Même les troupes françaises s’acharnent à coups redoublés sur les unités de Bellounis. Bellounis ne commande plus qu’à quelques unités sous-équipées d’environ 300 hommes. Il sent qu’il est à la veille d’une défaite complète de la part du FLN ou de l’armée française. Conscient de cette situation, il commence à réfléchir à une sortie de crise. Il se dit que si les français le laissent tranquille, c’est parce que la division des nationalistes les arrange et que le FLN est leur principale adversaire. Alors, pourquoi ne pas leur proposer carrément une alliance ? Une fois le FLN éliminé, c’est lui, Bellounis ; qui se trouvera en position pour négocier avec eux l’indépendance assortie d’un traité de coopération d’intérêt mutuel. En avril 1957, Bellounis contacte d’abord le directeur de l’école d’Ain el Hedjel, Barrière, qui alerte Lucien Paye, directeur des affaires politiques au gouvernement général de Lacoste. Des officiers français nouent alors des contacts avec Bellounis pour l’utiliser contre ses frères ennemis du FLN. C’est l’année du massacre de Melouza, où des combattants de l’ALN-FLN vont tuer plus de 300 habitants d’un village favorable à Messali. Pris entre deux feux, Bellounis n’a plus le choix. Il est urgent pour lui de conclure un accord de fin des hostilités avec les Français. Il réussit à les bluffer sur l’importance de ses forces, pose ses conditions et réclame des armes et du matériel. Qu’il obtient. En contrepartie, les Français lui demandent de ne plus utiliser le drapeau algérien, de ne pas prélever d’impôt et de ne pas mobiliser. Ce qu’il ne respectera pas.   

Il arrive à reconstituer une armée estimée à plus de  4000 hommes en s’autoproclamant « Général ». Après l’acceptation de la France de récupérer Bellounis, commence alors l’affaire Bellounis (juin 1957 à juillet 1958) ; celle d’un militant nationaliste qui se transforme en un vulgaire assassin qui va faire régner la terreur sur un territoire situé dans le quadrilatère Sidi Aïssa, Bousaâda, Djelfa, Paul-Cazelles (Ain Oussera).  Le 18 août 1957, Bellounis installe son quartier général, en réquisitionnant la maison du caïd de Dar Chioukh, petite bourgade à 50 km de Djelfa. Il reçoit les premières livraisons d’armes et ouvre deux camps d’entrainement, dont il confie le commandement à d’anciens sous-officiers de l’armée française (le lieutenant Saad, neveu de Ziane et le capitaine Abdelkader). Puis, sans perdre de temps, il installe une OPA (organisation politico-administrative), une ORU (organisation rurale et urbaine) et les « nizam » chargés de la propagande et des collectes de fonds, voire de l’état civil et de la justice, qui se substitue à celle du FLN…et à l’administration française.

Le premier couac entre Bellounis et la France survient le 6 septembre 1957, lorsque la presse annonce le « ralliement à la France du chef des troupes du MNA en Algérie, le « général Bellounis, avec 500 hommes armés ». Celui-ci, furieux, estime qu’il est un chef d’un mouvement nationaliste algérien travaillant avec la France en vue de la réalisation d’une Algérie nouvelle et française, contre le FLN soutenu par des étrangers du Caire et de Moscou.  

 A cette période, Amor Driss revient du Maroc à la tête de 800 hommes. Il est chargé par Lotfi d’établir des contacts avec Si Haoues et d’attaquer les bellounistes dans la région de Charef. Mais c’est Bellounis qui prendra l’initiative. Le 9 octobre 1957, un millier d’hommes de Bellounis, sous les ordres de Si Meftah et avec l’appui du 2éme régiment étranger de cavalerie et du 11 éme Choc, partent à l’assaut des « gaadas »du djebel Amour prés d’Aflou, où Amor Driss a installé son PC. Une troupe de l’ALN est mise en déroute.

Au début de novembre 1957, soit après 4 mois d’application des accords initiaux, on peut dire que Bellounis « fait la loi » sur son territoire. Il a chassé le FLN et neutralisé l’administration française. Son « armée » est constituée de quatre bataillons, implantés sur autant de zones, et de quatre compagnies autonomes, en tout environ 3000 hommes. Au 1er novembre 1957, le 11éme Choc établi le détail de ces troupes comme suit :

Etat-major : Si Mokri est adjoint de Bellounis chargé des questions administratives et matérielles. Si Mohammed est conseillé politique. Si Larbi le Kabyle est conseillé militaire et commandant des compagnies d’intervention. Si Hocine Hadjidj est officier de liaison avec le 11éme Choc. Si Hamoud est trésorier. Il faut ajouter 8 gardes personnels de Bellounis, 5 secrétaires et une section de garde de 40 hommes. Soit un effectif de 58 hommes.

Zone centre (Dar Chioukh) : unités d’intervention composées de : bataillon Kaïra, 250 hommes, compagnies Abdelkader, 80 hommes, Salem, Bachir, Belkacem Moustache, Rabah el-Berradi et Saad, 100 hommes chacune ; centre d’instruction, Si Djamel, 400 hommes. Soit un effectif de 1230 hommes.

Zone nord (Aumale, Zahrez Chergui) : commandant, Haocine, 4 compagnies : Omar l’Oranais, 180 hommes dont 80 cavaliers ; Said « Maillot », 200 hommes ; Slimane, 100 hommes ; Embarek, 80 hommes. Soit un effectif de 560 hommes.

Zone sud-ouest (Aflou, Djelfa, Laghouat) : capitaine Meftah, 2 compagnies : Abdellah, 200 hommes, Abdesselam, 200 hommes, plus une section Henni à Ksar el Hirane, 

 40 hommes. Soit un effectif de 440 hommes. 

Zone sud-est (Tamsa prés de Bousaâda) : capitaine Abdelkader Latrèche, 4 compagnies : Belgacem, 110 hommes ; Badri Amar, 250 hommes ; Saidienni, 110 hommes ; Djokhlaf 100 hommes. Soit un effectif de 570 hommes. 

Il faut ajouter le contrôle de l’organisation civile : contrôleur général, Si Larbi le Parisien, et 9 contrôleurs, ainsi que les milices locales, d’environ 300 hommes.

 

Durant les premiers mois de l’année 1958, le FLN poursuit la mise en place de ses troupes dans la région, et continu le harcèlement des unités bellounistes grâce aux actions de Amor Driss et Si Haouas. Bellounis se comporte comme un seigneur de guerre et ses sbires font régner la terreur. La France et son armée commence à douter de l’efficacité de Bellounis. Sentant venir un durcissement des positions françaises à son égard, il évacue Dar Chioukh, mais 36 heures plus tard, il est de retour avec son état-major, mais il laisse les unités combattantes dans le maquis et il fait préparer des caches pour le matériel et les archives. La mégalomanie du « général » le rend insupportable à ses officiers. Le 11 avril 1958 a lieu la première purge importante : une cinquantaine de membres de l’OPA de Bousaâda, accusé d’avoir détourné 14 millions de francs au profit du FLN, sont arrêtés, ainsi que trois adjudants du bataillon Si Larbi. Le 29 avril, il évente in extremis un complot fomenté par le FLN en vue de le supprimer et fait arrêter et exécuter les conspirateurs présumés. Le général Parlange qui vient d’être nouvellement nommé à Djelfa, commence à étudier les voies et moyens d’en finir avec ce « général » imprévisible, sans trop de casse. Le premier engagement militaire entre l’unité bellouniste de Si Larbi et deux compagnies sahariennes de la légion étrangère se fait le 1er mai dans la région de Laghouat. Il coûtera 29 tués et 40 blessés à Larbi, 4 tués et 6 blessés aux unités françaises. Le 27 mai, un ultime appel est adressé à Bellounis pour l’inciter à adhérer à la politique de la France et de poursuivre la lutte au sein de l’armée française. Pour toute réponse, Bellounis reprend le maquis dans le djebel Sahari, c’est-à-dire sans s’éloigner beaucoup de Dar Chioukh. En juin 1958, dans une instruction personnelle adressée au colonel Girard, commandant du secteur autonome de Djelfa. Le commandant supérieur lui précise que l’opération démantèlement des troupes bellounistes devra se dérouler en trois temps : 1° une intense campagne de ralliement, 2° une action de force sur les OPA du FLN et MNA, 3° une action d’ensemble sur les troupes du FLN et celles de Bellounis qui ne se seront pas ralliées.

Du 18 au 25 juin des avions larguent des tracts sur les djebels. La situation évolue vite chez les bellounistes. La plus part des officiers MNA, sous la conduite de Si Meftah, adressent un ultimatum à Bellounis l’exhortant de se soumettre à l’autorité  politique de Messali Hadj, mais le « général », qui ne supporte plus l’idée de dépendre de quiconque, refuse et la tension monte entre lui et Si Meftah. Depuis lors, celui qui fut l’un des principaux lieutenants de Mohammed Bellounis est en dissidence – mais nullement rallié au FLN comme vont le croire les français. Le 7 juin, il fait exécuter par Si Larbi le Kabyle, Kouider Naar et 18 autres gradés. Dans la nuit du 19 juin, une tentative d’assassinat de Bellounis est organisée par Abdelkader Latrèche à la tête d’une troupe de djounouds triés sur le volet parmi les siens et ceux de Meftah, et des lieutenants Belkacem « Moustache » et Azouzi. Mais elle est vite déjouée par la fille ainée de Bellounis, Mounia et Abdallah Selmi, le commandant de la compagnie de garde du PC. Au lever du jour les trois officiers ainsi que Hocine Hadjidj, officier de liaison, sont exécutés. Du 20 au 21 juin, 160 prisonniers qui étaient détenus depuis plus ou moins longtemps sont exécutés, ainsi que les assaillants de la nuit qui avait été capturés. Le 25 juin, Bellounis quitte définitivement son quartier général de Dar Chioukh avec armes, bagages, gardes kabyles et trésor de guerre, en laissant un charnier de plus de 300 morts. Il est signalé, avec sa femme et si Larbi le Kabyle, au nord du djebel Zemra, dont il ne s’éloignera plus. Le 14 juillet, suite à un renseignement obtenu d’un rallié, Mohammed Bellounis est tué, dans le djebel Zemra, à 26 km à l’ouest de Bousaâda, par un élément du 27e régiment de dragons. Selon un rapport du lieutenant Mazzoni, Il aurait été abattu, alors qu’il s’enfuyait, déguisé en fellah et poussant deux dromadaires devant lui. En réalité, il s’agit d’une exécution sommaire de quatre balles en plein poitrine, après son arrestation.

Il faut ajouter que pour raison de propagande, l’organe du FLN « El Moudjahed » (n°31 du 1er novembre 1958), datera la mort de Bellounis du 2 mai. De son côté, « la voix de l’Algérie libre », radio du FLN émettant du Caire, attendra le 2 août pour annoncer que « l’exécution du traitre Bellounis par des patriotes du FLN, et le ralliement de tous ses hommes de troupe à notre armée de libération nationale ».

Sous l’autorité de Si Haoues, qui a pris, le 8 mai, le commandement de la wilaya VI –englobant dés lors l’ex-zone 9 de la wilaya V (Oranie) d’Amor Driss-, le FLN s’implantera assez vite dans les compagnes, et plus difficilement ou timidement à Djelfa, ex fief bellouniste. Le 27 juillet, le colonel Levet, commandant le secteur de Bousaâda, lance une vaste opération dans le Boukahil, avec l’appui aérien de deux patrouilles de chasse et d’un bombardier chargé de napalm. 300 djounouds du MNA et 12 militaires français dont un officier            sont tués. On compte en outre 15 prisonniers, dont un commandant de compagnie et 24 blessés du côté de Meftah. Le même scénario est appliqué par le colonel Girard dans le djebel Sahari les 1er et 2 août, cette fois contre les troupes FLN d’Amor Driss qui perd 34 moudjahids ; la plupart victimes du napalm, et un prisonnier ; 3 français, dont un pilote d’avion, sont tués, et 21 blessés. Le 11 août, la « bande de Mabkhout » est anéantie prés de Taguine et 30 djounouds sont tués, dont Mabkhout, et 50 sont faits prisonniers. Dans la même période, un combat fratricide sanglant met aux prises les 200 hommes de Si Miloud et les 400 hommes de Ben Doghmane. Si Meftah, après avoir fait exécuter ses lieutenants (Ahmed Boulahia et Ameur Gouiri), sera lui-même assassiné (février 1960) par un commandant de compagnie, Salem Ben Khelifa et le lieutenant Amar Lekhal.   

Une partie de « l’armée » de Bellounis se réfugie dans les montagnes de Djelfa, une autre se rallie à la France et intègre, avec leurs chefs, les harkas, et les autres déserte leurs unités pour rallier les troupes FLN ou pour s’évaporer dans la nature.

Après la mort de Meftah, les restes des bellounistes restés au maquis, sont pris en charge par Mohammed Belalmi.

La wilaya MNA du Sahara est affaiblie, mais elle n’a jamais été aussi bien structurée. Sous les ordres de  Mohammed Belalmi et de son adjoint militaire, Abderrahmane Noui, dit Rafale, elle est divisée en quatre secteurs : djebels Zemra et Ménaa (Abdellah Selmi) ; Boukahil (Amar Achour) ; Faid el-Botma (Saad Haiouaz) ; Charef (Salem Ben Khelifa). Chaque secteur dispose de 60 à 80 combattants. La mentika de Bousaâda avait pour chef Ahmed Chamah. Abdelkader Mahmoudi, un adjudant-chef en retraite de l’armée française, était commissaire politique.

De 1958 à l’indépendance, ces effectifs seront laminés un par un par les coups de boutoir des troupes de l’ALN et de l’armée française. Le 20 février 1961, le 2e régiment étranger de cavalerie tombe, à Teniet el-Hasbaia, dans le Sénalba, sur une réunion des chefs MNA. Belalmi, Haiouaz et Ben Khelifa sont tués, ainsi que Bedrina Naoui ; intendant de la zone, et 14 djounouds. C’est Abdellah Selmi qui reprend le flambeau, mais sans se montrer capable d’empêcher les katibas FLN de s’implanter enfin sous l’autorité du colonel Chabani, qui vient de reconstituer la wilaya VI, après sa dissolution suite aux troubles et l’anarchie qui ont suivi la mort de Si Haouas avec Amirouche et l’arrestation et l’exécution d’Amor Driss.

Les accrochages entre FLN et MNA, comme entre FLN et l’armée française, sont encore fréquents jusqu’en février 1962. Après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, Abdallah Selmi décide de se rendre avec ses troupes. Le 24 mai, à Bousaâda, entouré de tout un aréopage –deux ministres, Chawki Mostefaï et Mohammed Benteftifa, le préfet de Médea Mahiou et le général Rouyer, ainsi que des représentants des wilayas IV et VI du FLN – le président de l’exécutif provisoire, Abderrahmane Farès reçoit la reddition du « colonel » Abdellah Selmi à la tête de ses 800 hommes. Le dernier héritier du « général » Mohammed Bellounis, est exécuté après avoir été livré par Farès à Chaabani, commandant de la wilaya VI. Quant aux djounouds, nul ne peut dire combien ont été intégrés dans ce qui allait devenir  l’ANP ou en été en mesure de reprendre une vie paisible dans leur village. Un grand nombre, sans doute, ont subi le sort de leur chef, mais nombreux sont aussi ceux qui ont été détenus quatre ou cinq ans dans des casernes, puis ont été libérés. 

Bousaada Feed