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Bou Saâda, de mes souvenirs. par Soumia BISKER

De la cité de mes ancêtres, de mon premier souvenir, très petite. Je ne me rappelle ni du lieu ni de l’endroit. Entourés de palmiers, nous barbotions, et nous crions de joie dans une seghia avec mes petites soeurs, dans une eau limpide, claire. Et les visages souriants de nos parents…

Tout était beau et propre !

 

De nos vacances d’été chez mon grand-père maternel à El messayreh. Du patio, des colonnes, du puits. Des matinées, (swala Kartous) que je boudais. Des figues fraîchement cueillies du jardin El Btoum et dans une corbeille en Alfa. Ma jolie tante, toujours souriante, agenouillée qui pétrissait le pain dans une gassaa. Cuisait le pain, grillait les piments et tomates, pilait le tout dans un (mehres) (mortier en bois). De la beauté de mes tantes, la couleur bleu de leurs yeux m’intriguait. Je l’a regardais, et je l’admirais. L’Oued et ses colères imprévus, emportant avec lui animaux et débris, qu’on suivait avec les yeux et nous donnait le vertige. Alors, qu’on n’avait pas le droit d’y aller à El arragua. Nous étions joyeuses, et inconscientes du danger.

Mon grand-père, alors très âgé, avec sa canne, venait nous chercher. De ma mère inquiète, qui nous épiait derrière la porte. De la place des  Chameaux, ces adorables animaux qui nous faisaient peur, avec leurs lèvres qui pendaient et bavaient. Une fois, agenouillés sur leurs pattes, on pouvait les approcher et les toucher. Vaguement du guide chamelier, des touristes, et l’hôtel Transat, que j’admirais d’en bas.

Du minaret de la mosquée, Ouled hmeida, Ougbat el houmas, des raccourcis qui nous menait vers El Mouamin, chez la femme de mon oncle et sa fille. Elle nous souriait et nous offrait du raisin frais de son arbre.

 SBB2Du baptême d’un cousin. Une ancienne coutume, une gassaa sur la tête d’une femme pleine de sable, et un bout de chair du circoncis. En groupe de femme, enfants et les yous yous (wé ré ré). On partait, vers (el gaa, ou el ramlaya), De mémoire il n’y avait que l’hôtel Le Caïd, et le sable…
Des cortèges de mariées, à El Diss, l’aérogare désaffecté, El ghayat, le bender, et les barouds, suivis des yous yous. De la 404, puis la 504 avec des rubans vert blanc rouge… des cassettes, de Khelifi Ahmed et autres… Du guayat, criait (el ada ou agurab Bou Saâda,) qui voulait dire, que la mariée devait dansait devant tout le monde. Les slaves de baroud me faisaient peur. Des fêtes à El Allig. Des femmes, jeunes, moins jeunes, âgées, habillées des plus beaux atouts. Des bijoux en or, en argent, des ceintures, les colliers en louis d’or, les bracelets, el khlakhel (matrak el ambar). Le patio entouré des tapis, et des matelas tout autour. Le couscous servi dans des gassa, sur des meidas (table basse ronde. En tenue bou saadis. Elles étaient toutes belles, le hénné sur leurs mains. Naturellement maquillées. Khol, swek. Parfumées au Musk. Les cheveux longs et tressées. J’étais subjuguée, et marquée par ces beautés. Je découvrais cette belle région. Ces paysages m’égaient, ces lumières m’éblouissaient, j’admirais le ciel bleu azur, le soleil. Les palmiers. Les nuits étoilées, il me semblait que nous  étions plus près du ciel. Et je me posais des questions. Tout me paraissait paradisiaque. Ain takouka, une source d’eau Chata bouneb, binet el goubay. La mosquée, ou mon aïeul est enterré. Cheguegu el hamra (les falaises rouges) une merveille de la nature. Les maisons étaient habitaient par des familles, aujourd’hui tout est en ruine. Le soir, le guayat, et le bender, reprenaient le rythme effréné, les femmes
dansaient el saadoui oua taglali comme des papillons de nuit, au milieu de la piste et se voilaient leur visage avec des foulards rouge…

 

SMB3La danse du ventre. Une autre avec la tête, et les épaules. Une autre, plus sensuelle, aux gestes élégants, les mains bougeaient,  gesticulaient selon le rythme, et les pas aussi. Puis deux à deux, se tenaient par les mains, avec les mêmes gestes et mouvements. Les fêtes duraient plusieurs jours. Je fus envoutée par cette musique. De mes tantes, quelques aïeules, de leur beauté et naïveté. De mes
cousines, de mes cousins. Des tantes poétesses, je ricanais parce que je ne les comprenais pas. Des odeurs, des parfums, des partages. Enfin, aujourd’hui, ils ne sont plus là. Il ne me reste que des souvenirs, et mes larmes. Je n’avais que quatorze ans.

Mon père avait décidé qu’on s’installer à Bou Saâda pour notre scolarité, surtout en arabe. Nous logions dans une maison à Staih. Inscrite à l’Institut Islamique, mon oncle Aissa Bisker, était le Directeur. D’une stature élégante, il était beau et avait beaucoup de classe, et d’une grande culture générale. Il m’impressionnait, et je me sentais si petite devant lui. Il parlait d’une voix calme, et basse. Mon papa, le
chérissait. Nos enseignants étaient des Égyptiens, de souche paysanne, mais très instruits. Mon père, travaillait à son propre compte, et faisait la navette. Nous étions un petit peux inadaptés, l’absence de notre père, ne nous rassurait pas. Nous restions que trois années, nous quittions Bou Saâda vers Alger. En évoquant, des souvenirs me ressurgissent. De l’oued, très propre, aucun sachet (le sachet en nylon n’avait pas encore fait son apparition), ni détritus, des croassements des grenouilles, des laveuses de laines avec la cornafa  branche de palmier). Au Printemps, des sorties familiales en groupe vers l’oued heureuses de l’arrivée de cette saison. De la façade et des escaliers, de la maison de Dinet. El mouamin, plus spacieux, Kerdada, Azzedine. Aicha Bali. Des maisons en pierres… Des belles villas du quartier plateau, El staih. El koucha, quartier populaire, chebet Benidel, ou des nomades y
séjournaient. La Blaça, la rose blanche, des valises des chutes de tissus, à l’appellation originaux. (chabakouni, chereb-zhira, chleghem Boumediene, atilou zalamit, Pamela, keten el  carouat (l’écossais) ext). De Khalti Hilima, une aïeule, qui habitait Oueltem, après l’oued, une maison tout en pierres avec une cheminée. Nous lui rendions visite. Elle était si vieille et frêle, je regardais ses mains fines et nervurées. Des recettes ancestrales, du bon couscous, du zfiti, des légumes charnues, parfumés, des épices. Du métier à tisser à la maison, ou nous avons appris à filer et à tisser. A rouler le couscous, à pétrir le pain, le Zfiti. De l’odeur matinale du café grillé. Du serveur de lait avec sa tartara (mobylette) frappait à la porte avec le broc. De nos voisins, une fratrie, chacun marié avec deux épouses. Des beautés bédouines, digne des modèles de Dinet. Des enfants, qui jouaient presque nus, devant leur porte. Des maisons étaient ouvertes, les gens souriaient, et généreux. Des grandes familles, les Charif, les Cherif, les Hattab, Bensalem, Benslama, Kacimi, Lograda, Mech, Zahzouma, Djaffer, Bensiradj, Abdelatif, et les autres, aussi respectables…

Oueltem, mon père acheta un terrain rocailleux. L’avait si bien nivelé, construit une maison, et fait un Eden, avec des arbres fruitiers, des beaux légumes. Maman avait planté des roses.  Nous passions nos vacances, on y allés si souvent. La mosquée de cet endroit est l’œuvre de mon défunt père. C’était son vœux. Pendant la décennie noire, bravant tous les dangers. Il avait peur de personne ! A l’aube, et à chaque prière, Il se retrouver seul à faire le muezzin et prier… SMBB4Des souvenirs sont encore vivaces dans ma mémoire. Après leur décès j’avais beaucoup de mal à revoir cet endroit, et faire mon deuil.

Nostalgique, je suis profondément attachée à Bou Saâda je garde un souvenir impérissable. Pour me ressourcer, j’y allée, j’y vais et j’y  retournerai, In cha Allah… .

Bou Saâda m’ensorcèle, malgré la dégradation de ses lieux historiques, et ses ruines. Un désastre, que certains, l’ont bel et bien prémédité. Une plaie béante, toujours saignante. En proie à des prédateurs, venus d’ailleurs, instaurant leurs propres lois. La volonté, le courage et le volontariat de ces enfants, de faire bouger les choses. Un jour peux être, notre cité retrouvera son originalité d’antan, redorera son blason de la cité du bonheur et la porte du désert…

Soumia Bisker
Septembre 2013

 

 

 

 

 

 

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