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HISTOIRE POLITIQUE, MILITAIRE, ADMINISTRATIVE

HISTOIRE POLITIQUE, MILITAIRE, ADMINISTRATIVE ÉVÉNEMENTS ET FAITS PRINCIPAUX BIOGRAPHIE DES HOMMES AYANT MARQUÉ DANS L’ARMÉE LES SCIENCES, LES LETTRES, ETC. DE 1830 A 1889 PAR NARCISSE FAUCON….


Dans les derniers jours de juillet, le lieutenant-colonel Trumelet recevait l’ordre de réunir tous les éléments nécessaires pour aller délivrer et ravitailler le poste de Bou-Sâada, que l’ex-caïd Sâïd-ben-Bou-Daoud tenait bloqué depuis trois mois. Les forces insurrectionnelles dont disposait ce rebelle étaient réunies sur les eaux d’Ed-Dis, ksar situé à 12 kilomètres au  nord de Bou-Sâada. Cette colonne se composait de 77 offi ciers, 1,964 hommes de troupe, 308 chevaux et 184 mulets. Indépendamment de cette force régulière, un goum de 500 chevaux marchait avec la colonne. Le grand convoi se composait de 1,500 chameaux et de 500 mulets. Deux sections d’artillerie, à l’effectif de 2 offi ciers et de 84 hommes de troupe, emmenaient 4 obusiers de 4 rayés de montagne.
La colonne levait son camp d’El-Grimidi le 5 août. En raison de l’extrême élévation de la température (60° centigrades) et de la qualité des troupes, — jeunes et non acclimatées, — le commandant de la colonne est obligé de scinder en six étapes les trois marches qui séparent Sidi-Aïça de Bou-Sâada. La colonne bivouaque successivement à El-Anseur-Ferhat, à Oudeï-El-Hadjel, sur l’Ouad-El-Garsa, et à Aïn-Khermam. A deux heures de l’après-midi, le 8 août, le lieutenant-colonel constitue une colonne légère (l’infanterie à dos de mulet) et escalade les pentes escarpées du Djebel-Sallat, pour aller chercher la soumission de la fraction religieuse des Oulad-Sidi-Rabah, laquelle habite le ksar de Bennezouh, village perché au sommet du Sallat, et distant de 15 kilomètres du camp d’Aïn-Khermam. Ces marabouts rebelles, qui n’avaient jamais été visités par une colonne française et qui n’avaient point prévu notre apparition sur leurs sommets rocheux, n’avaient pas préparé la résistance. Le colonel donne l’ordre au cheikh de rassembler sans retard sa djemâa.
Après avoir reproché sévèrement à cette assemblée d’avoir pactisé avec les insurgés, il lui ordonna de réunir toutes les armes existant dans le ksar et de venir les déposer à ses pieds. Le colonel recommande surtout aux membres de ce conseil de ne point en oublier, s’ils ne veulent qu’il charge les chasseurs d’Afrique de faire eux-mêmes les perquisitions dans leurs  demeures. Cette menace décide la djemâa à faire la chose en conscience, et, au bout de quelques minutes, des armes de toute nature, de tous les modèles et de tous les temps viennent s’amonceler aux pieds du colonel. Il fait connaître ensuite au cheikh Kouïder-ben-Ahmed et aux membres de la djemâa qu’ils sont ses prisonniers. Cette opération terminée, la colonne légère regagnait son camp d’Aïn-Khermam ; elle y était de retour à neuf heures du soir. Le lendemain 9, la colonne se dirigeait sur Ed-Dis. C’était sur ce point que Sâïd-ben-Bou-Daoud, le  chef des rebelles dans le — 610 — Hodhna, avait établi ses bandes, et que depuis quarante-sept jours il investissait Bou-Sâada, qu’il attaqua à plusieurs reprises, mais sans succès. A  l’approche du colonel Trumelet, et bien qu’il l’eût menacé de l’attendre sur la route pour le combattre, Sâïd-ben-Bou-Daoud s’était enfui en toute hâte dans le sud-est et ses contingents s’étaient dispersés.

La population d’Ed-Dis avait également abandonné le ksar à l’approche de la colonne; une partie s’était dirigée dans l’est; une autre avait cherché un refuge dans le Djebel-El-Birech, montagne rocheuse et escarpée dominant le ksar à l’ouest. Le commandant de la colonne décidait qu’un détachement de 150 hommes pris dans les zouaves et dans les tirailleurs  algériens fouillerait la montagne et donnerait la chasse aux rebelles qui s’y étaient retirés, et qui s’y croyaient en pleine sécurité, considérant ce pic rocheux comme inaccessible à nos soldats. Zouaves et tirailleurs escaladèrent les pentes abruptes du Birech avec un remarquable élan, et sans répondre au feu des rebelles embusqués dans les anfractuosités des rochers. Les insurgés étaient successivement délogés de leurs retraites et traqués vigoureusement dans la montagne. Après une chasse de trois heures, l’ennemi disparaissait en laissant douze cadavres entre nos mains, ainsi qu’un butin considérable.

Le colonel livrait ensuite le ksar aux fl ammes, et employait la mine pour faire sauter les constructions sur lesquelles le feu avait été sans effet. Il ménageait cependant les maisons des gens d’Ed-Dis qui s’étaient réfugiés à Bou-Sâada dès le commencement de l’investissement, et y plaçait des sauvegardes pour assurer leur protection. La mosquée, qui renfermait les  tombeaux de la famille de Sid-Es-Sakhri-ben-Bou-Dhiaf, caïd des Souamâ, lequel nous était resté fi dèle, fut également respectée. Le soir même de ce jour, le cheikh de la fraction d’Ed-Dis, Sid Rahmoun-ben-Es-Snouci, apportait au colonel sa soumission et ses armes. Le commandant de la colonne lui ordonnait en même temps de lui amener sa djemâa, qu’il retenait prisonnière. Les jardins d’Ed-Dis et ses palmiers avaient été respectés. Le lendemain, 10 août, la colonne arrivait à six heures et de—611 —mie du matin devant les jardins de palmiers-dattiers de Bou-Sâada. Sa nombreuse population indigène, dont le chiffre total s’élève à 4,000 individus, attendait la colonne en dehors de ses murs et la saluait à son passage de ses acclamations et de ses souhaits de bienvenue ; elle recevait enfi n le colonel comme un libérateur. Pendant une heure, la poudre môle frénétiquement sa voix stridente aux cris de la foule et aux aigus toulouïl des femmes indigènes. C’était une joie bruyante, débordante, excessive, qui donnait la preuve de la frayeur qu’avaient fait éprouver à cette population la présence de Ben-Bou-Daoud autour des murailles du ksar, et ses attaques réitérées.

Le quartier haut de Bou-Sâada, dont la conduite avait été fort équivoque avant l’arrivée de la colonne, montrait aujourd’hui un enthousiasme exubérant, témoignant qu’il avait beaucoup à se faire pardonner. S’il fallait en croire ces Bou-Sâadiens, nous n’avions pas de serviteurs plus dévoués. Quoi qu’il en soit de la fi délité actuelle des indigènes de ce quartier, le colonel donna l’ordre d’arrêter et d’incarcérer les gens qui lui avaient été signalés comme les principaux meneurs, ou qui s’étaient le plus compromis. Les prisonniers et otages qu’avait amenés de Bennezouh et d’Ed-Dis le colonel Trumelet furent mis en lieu sûr, en attendant la décision de l’autorité locale ; car Bou-Sâada relevait alors de la subdivision de Sétif et de la province de Constantine. Bou-Sâada ayant été délivré de ses ennemis et réapprovisionné pour trois mois ; la sécurité, la paix et les communications ayant été rétablies dans le ksar et entre  Bou-Sâada et Aumale, la mission de la colonne étant en un mot terminée, et de la façon la plus heureuse, en raison surtout des conditions de température et de la qualité des troupes composant la colonne, le colonel, après avoir séjourné à Bou-Sâada pendant quatre jours, reprenait le 15 août la direction d’Aumale. Il emmenait avec lui dix des personnages les plus infl uents, les plus dangereux et les plus compromis de la ville haute de Bou-Sâada et des ksour d’Ed-Dis et de Bennezouh

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