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Au Pied de la Lettre, A l’orée d’un livre : La Cité du bonheur

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Écrire un ouvrage sur une ville, un lieu a toujours été un exercice difficile, voire périlleux. Généralement l’auteur, les auteurs sont originaires de la région, donc nostalgie, souvenirs d’enfance souvent déformés par le temps, viennent parfois grever leur écriture d’une certaine objectivité.

Ecrire un ouvrage sur une ville, un lieu a toujours été un exercice difficile, voire périlleux. Généralement l’auteur, les auteurs sont originaires de la région, donc nostalgie, souvenirs d’enfance souvent déformés par le temps, viennent parfois grever leur écriture d’une certaine objectivité. Je n’en suis nullement contre. Toute évocation de SON lieu est par essence totalement individualiste. Tant mieux. Pour ma part j’y vois là de l’honnêteté intellectuelle et de la poésie. Après tout, des personnes venant d’un même lieu ne vous en parleront Ô grand jamais d’une façon idoine.

A la lecture attentive, attentionnée, et oasienne bien sûr de l’ouvrage de Farouk Zahi Bou Saada en quelques traits…, je me suis totalement plongé dans une apnée enchanteresse de la ville. L’auteur, de son propre aveu, ni cartographe, ni historien ni sociologue, hurle l’amour qu’il porte pour sa ville. Sa cité BONHEUR. Mais cette ville lui est devenue quasi étrangère. Perdue la cité qu’il avait jadis connue. L’ouvrage débute d’ailleurs par une longue poésie ponctuée de larmes sur ce lieu qu’il compare adroitement et bien joliment à la palette d’un peintre de génie qu’un ignorant, aurait entièrement barbouillée de ses doigts crasseux de laideur inculte. Alors il en pleure des larmes sèches, et aussi arides que l’oued aujourd’hui asséché et miasmatique.

L’ouvrage de Farouk Zahi après quelques chapitres concernant la géographie, l’histoire, bien souvent surprenante (saviez-vous que c’est le 27 août 1962 que l’état-major de l’ALN décide dans un hôtel de Bou Saada que celle-ci prendrait le nom d’ANP), l’économie, le patrimoine, va nous faire avancer dans le dédale amoureux de SA ville. Il nous fait revivre son bonheur pour cette cité et cela chronique après chronique, puis encore chronique et ce jusqu’à nous tant faire aimer sa ville et que nous ne partagions pas après pas son amertume de constater comment cette Cité bonheur a pu être tant défigurée, barbouillée, saccagée par l’homme-loup des steppes. Mais attention si l’auteur peut être souvent amer, voire acerbe il n’est jamais acrimonieux, jamais hargneux, cela tient plus du chagrin et de la pitié. Il ne se reconnaît plus dans sa ville. Ame perdue, en détresse. Il vadrouille dans ses souvenirs et nous dit son incapacité à s’y reconnaître. Mais où est donc passée ma ville « maternante » savante, odoriférante ? Mais où est passée ma vraie fiction. Cette fiction dont le philosophe Michel Foucault disait qu’elle était la véritable histoire et non l’académique histoire vue par des Colons telle une carte postale exo-érotique orientalo-berbère. D’ailleurs le Colon ne s’y tromperait guère. Installé en hôtellerie luxueuse, en sirotant un bon thé du « bled » il pouvait sans se mêler à l’indigène, profiter à travers les larges baies vitrés du salon de son Hôtel (l’aquarium comme le décrit si justement l’auteur) la vie si « chatoyante » du quotidien local. C’est là une des chroniques les plus réussies de Farouk Zahi.

La guerre. Les horreurs vues par un enfant de dix ans, lui, le prosateur. Ou d’ailleurs tout autre enfant de la ville, de la steppe. La région aura eu beaucoup, mille fois dix mille fois trop de martyrs. Souvent oubliés. Les survivants, il leur demande de témoigner, simplement, juste quelques lignes. Peu de lignes mais parfaitement directionnelles (Indépendance !!!), humbles, exprimées avec retenue.

Tout au long de son ouvrage, l’auteur s’interroge : mais qu’a donc fait cette ville pour qu’aujourd’hui, elle soit si défigurée, presque haï. Son passé méritait-il un tel affront. Non, mille fois non. Ville résistante et ce depuis l’invasion romaine. Ville savante depuis des siècles. Ville oasis de fruits, plantes. Ville aux architectures millénaires. Ville cosmopolite. Mystère et burnous blanc. Nous partageons ses questionnements et c’est en cela qu’il nous fait d’autant aimer sa ville, sa région.

Bou Saada en quelques traits… c’est le visage buriné de l’auteur, visage aux multiples ruelles, remparts, moulins, jardins et cafés à jamais disparus. Visage où son regard réfléchit les multiples pôles culturels, musicaux, picturaux, poétiques, et même cinématographiques de cette Cité qui pourrait devenir une Atlantide si on n’y prend garde, la Cité du bonheur englouti.

Vous ne trouverez aucune iconographie, aucune photo dans le livre de Farouk Zahi. Construisez les vous-mêmes. Les textes valent bien plus qu’une image fixe. Virevoltant dans l’espace et le temps, la vue, le goût, l’olfactif.

Bel ouvrage, bel écrit. Vous auteur qui vous déclariez être ni historien, ni géographe, ni sociologue en avant-propos vous voilà devenu le secours de votre Cité, son assistant perpétuel, son protégeant, son amoureux transi, son aimant, en livrant à vos lectrices et lecteurs un bonheur si bien cité tout au long de vos 200 pages.

Publié dans : Elmoudjahid le 03/06/2014

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