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Tourisme

Voir Bou-Saâda et mourir ! Tel est le message légué par la vie et le parcours du célébrissime peintre orientaliste Alphonse Etienne Dinet, Nasr Eddine Dinet après sa conversion à l’islam. Avant de mourir, Dinet a succombé au charme de cette région enchanteresse et l’a aussitôt immortalisée dans ses chefs-d’œuvre, tout comme les illustres peintres européens qui l’ont précédé. N’avait-il pas dit à ses contemporains que «s’il existait un paradis sur terre, c’est à Bou-Saâda qu’il faut aller le voir». Depuis, la région ne connaît plus de répit.

Venant de l’hémisphère Nord, fascinés par ses descriptions romancières ou picturales qui font la joie des musées du monde, artistes, écrivains, géographes ou historiens y ont trouvé de bons arguments d’inspiration, le désir de faire un, deux, voire plusieurs tours pour trouver le confort indispensable pour y vivre et créer : des oasis habitées par un peuple accueillant, généreux et noble dans sa simplicité, une ville avec toutes les commodités nécessaires, des bains maures, des maisons semblables à des palais entourées de jardins agrémentés de fontaines, à la végétation luxuriante et odorante. Enfin, une culture et des us qui ajoutaient un parfum supplémentaire à ce que la nature lui a prodigué comme grâce et envoûtement. Avec son eau qu’on prend sans modération, son ciel dégagé, si limpide qu’il vous donne envie de prendre tout l’air sec et «plein de soleil» ! Le coucher du soleil vous emporte à l’infini le temps de vous bercer dans des images célestes et féériques. C’est inouï !

Des atouts plein les yeux

Le départ d’Alger vous offre déjà ce sentiment de partir à la rencontre de personnages hors du commun. A 280 km vers l’est, la route vous accueille et les regards des habitants longeant cet itinéraire vous scrutent généreusement, tout en vous saluant des mains, comme les collines d’El Hodhna où M’sila, élue pour être le chef-lieu de la wilaya, vous offre le dernier rempart citadin avec ses constructions en dur et autres effets lumineux, avant de vous livrer aux 60 km restants qui vous amènent au seuil de la ville la mieux éclairée de la planète Terre. Les atouts touristiques ne manquent pas à Bou-Saâda. Sa situation géographique en fait l’oasis la plus proche d’Alger (moins de 250 km). Elle forme par ailleurs l’entrée privilégiée, voire idéale, du désert. Mais ses charmes ne la laissent pas jouer le seul rôle de relais avec d’autres régions comme Biskra, Laghouat et la vallée du M’zab. Ses vestiges préhistoriques et historiques, des dessins rupestres gravés sur les parois des roches de Taza, jusqu’au tombeau de l’Emir Khaled en passant par son ksar et ses mosquées font de Bou-Saâda un centre d’intérêt culturel. La grande zaouïa d’El Hamel est aussi un pôle historique et intellectuel attrayant.

Les artisans fabriquent encore et offrent maints objets dont sont friands les touristes : couteaux, tissages, burnous, lézards empaillés, éventails, bijoux, etc. Son calme et son climat sec et sain attirent les citadins du Nord désireux de se reposer.

L’art fait partie intégrante de la vie des Boussaâdis. Il fut un temps où l’art était apprécié dans cette région, où la beauté leur était transmise comme un legs à perpétuer. Après un long repli, après la décennie noire traversée par notre pays et après une longue hésitation, voilà que Bou-Saâda sort de sa torpeur et décide de renouer avec la tradition et les valeurs perdues. Elle renaît, comme une rose, de son hibernation qui l’emprisonnait dans un laisser-aller total, à l’ombre d’une longue nuit. Et subtilement, Bou-Saâda s’éveille de sa longue léthargie, et l’on assiste à un regain d’intérêt de ses habitants au goût de vivre, de créer, de travailler et accueillir de nouveau les visiteurs. Comme quoi les Boussaâdis ne vivent qu’avec cette ambiance de fête et des va-et-vient d’étrangers qui défilent dans leur ville et rompent le calme religieux qui régnait dans les rouages qui mènent vers les sites touristiques, comme un rituel de pèlerinage. Bou-Saâda n’a pas perdu de son éclat, de ses couleurs…

Une dimension culturelle inégalable

Ainsi a-t-on trouvé cet Eden perdu. Perdu entre l’icône d’une oasis incarnée par les grands peintres orientalistes et l’image réelle de ce conglomérat en déperdition. Curieuse coïncidence que celle de rencontrer un groupe de touristes grecs. Eblouis par la fascination du jour boussaâdi, ces grecs ont eu la joie de goûter la veille aux délices du méchoui à la braise au clair de lune. Le lendemain, les retrouvailles se sont faites à la zaouïa d’El Hamel, sise à une dizaine de kilomètre du centre-ville. Ce lieu de culte et de soufisme héberge en son sein le tombeau de Sid El Hamel, un adepte d’El Aâlaouïa, une médersa pour l’apprentissage du saint Coran en 9 ou 18 mois. L’enceinte préserve jalousement 150 000 manuscrits dans la plus riche bibliothèque, d’anciens manuscrits au Maghreb. Un trésor dans toutes les sciences. Elle couve aussi un pan de l’histoire algérienne pleine d’épopées. Un petit musée, bien entretenu, garde en guise de mémoire quelques articles vestimentaires, des ustensiles et autres armes de prestigieux guerriers de la résistance algérienne tels l’Emir Abdelkader, son neveu l’émir Hicham qui en ont fait autrefois un Q.G. Le célèbre Emir Khaled repose, jusqu’à ce jour, dans un cimetière qui porte son nom à Bou-Saâda. Une quinzaine de fusils datant de l’èpoque de l’Emir Abdelkader vous plongent dans le passé glorieux et l’odeur des héros de la résistancepopulaire.

Une halte chez Dinet

Pour mieux vous faire partager cet étrange sentiment, on a fait cette halte, le temps d’un week-end, pour vous mettre à l’icône immortalisée par Dinet.

Mais on a toujours ce malin plaisir à se régaler à Bou-Saâda où elle est en fait toujours, en dépit des mutations sociales, la même, fascinante, attirante et mystérieuse. Nous l’avons trouvée comme elle fut racontée par les aventureux et les peintres orientalistes qui nous montrent qu’il y a des milliers d’années, cet endroit était couvert de végétation et que l’eau s’y trouvait en abondance. Nombre d’écrivains ont raconté leurs voyages et leurs aventures. Actuellement, on peut, sans courir les dangers que ces pionniers ont frôlés en ces lieux envoûtants, faire des voyages sûrs. Ce reportage est une invitation à faire de même : redécouvrir cette 8e merveille du monde !

Cette oasis, cette mer de dunes, aujourd’hui peuplée par le béton et qui s’étend jusqu’à Biskra à l’est, Djelfa au sud et El Hodhna vers l’ouest, n’a pas pour autant perdu de ses charmes en dépit de l’indifférence des autorités, l’insouciance des autochtones et le poids du temps. Bou-Saâda fait rêver une fois de plus quand tu visites ses sites et les regardes inlassablement, dans le désert y faisant chaque fois de nouvelles découvertes et nous offrant une philosophie à nulle autre pareille. Celle de la vie dans sa forme la plus simple. Une simplicité inscrite dans la mode du temps et la durée.

La découverte de ce grand homme qui a adulé cette terre frappe les consciences et vous rend compte de la grandeur de ses œuvres et du legs qu’il a laissé à l’humanité en préférant mourir et être enterré dans cette terre, jadis terre nourricière, et qui donne toujours le sentiment de se charger de substance charnelle. Mais hélas, la déculturation touristique et la main des incultes ont failli dénaturer cette contrée, véritable paradis perdu, où il n’y pas une maison qui n’ait pas enfanté un écrivain, un poète, un parolier, un musicien, un chanteur ou un peintre.

Hormis les quelques rares volontés qui essayent un tant soit peu d’apporter de la valeur ajoutée à ce don de Dieu, rien n’y est fait, côté officiel, pour valoriser ce fonds touristique et le rentabiliser. Rien n’y est fait pour promouvoir ce «trésor oriental» universellement célèbre. Bou-Saâda exerce un attrait durable sur les citoyens du monde et toujours pas celui de l’Unesco qui se doit de la rehausser en patrimoine universel et fertiliser son sable transformé au vu et au su de tous en matériaux de construction, menace d’un drame écologique. De grâce, y a-t-il quelqu’un pour sauver la cité ?

Ce qui tue le tourisme

Mais à Bou Saâda, il faut le dire aussi, il y a le beau et, bien entendu, le revers de la médaielle. Des citoyens qui se battent encore dans l’infini labyrinthe de litiges autour d’un voisinage difficilement vécu. La voirie, jusque-là précaire et versant dans l’oued qui irriguait jadis ce paradis perdu. Un mur qui monte, un autre démoli par vieillissement suffisent pour faire faire la chaîne des semaines durant devant les instances cocnernées. Apostrophé, un responsable n’a qu’une suggestion : «Allez voir Madame Haïoun, la directrice du musée national Dinet. Elle au moins peut répondre à toutes vos questions». Aussitôt dit, aussitôt fait et nous fûmes immédiatement reçus. Elle nous a accueillis avec le sourire que son personnel atteste coutumier en dépit de ses innombrables occupations (lire entretien). Cette dame a rendu un grand service à Bou-Saâda après avoir pris en main la responsabilité et la relance du tourisme culturel.

Exalté par la réouverture et la redécouverte de leur musée et sa réhabilitation, le désir le plus cher des Boussaâdis est de voir les œuvres de Nasr Eddine Dinet exposées dans le musée qui porte son nom. Cette fièvre qui anime de plus en plus les habitants de la cité de façon sensible a fait naître en nous l’intérêt pour la réalisation de ce reportage, et leur enthousiasme qui ne cesse de s’accroître de jour en jour nous a encouragés à aller à la rencontre et la découverte de l’hospitalité de cette dame qui veille, depuis 2003, sur ce joyau de la muséologie algérienne. Elle affectionne le site comme son propre héritage et s’efforce de lui donner toutes les dimensions rayonnantes et aux normes internationales. Mme Merazka Haioun, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a redonné vie au musée et fierté aux Boussaâdis, qui le lui rendent évidemment bien et auxquels elle a aménagé une salle de lecture; elle pense déjà à l’extension du musée pour en faire, au bonheur des poètes, peintres, sculpteurs, écrivains, un espace de rencontre entre les arts, entre l’expression libre et romanesque.

F. O.

Dinet, ce grand témoin

Si les maîtres de l’orientalisme – Delacroix, Fromentin, Chassériau – ont vécu en Algérie et ont partagé l’existence humble des populations sahariennes, à Bou-Saâda, Biskra ou Laghouat, ils ont transcrit leurs us et coutumes comme autant de témoignages d’une culture vivante, porteuse d’un réel humanisme et gardienne d’une identité qui a résisté aux agressions multiples du colonisateur. Etienne Dinet, qui embrassa la foi musulmane au contact des Algériens pour devenir Nasr Eddine Dinet, en est le grand témoin. Il a pris ses distances par rapport à la colonisation, même si c’est l’aventure coloniale qui lui a ouvert les voies de l’Eden algérien. Les quelques tableaux originaux qui retracent son parcours s’érigent comme des fenêtres qui vous projettent dans le passé. Des fenêtres qui donnent sur ce passé toujours vivace, et à quelques nuances près toujours expressif au présent. Un musée national lui est à juste titre consacré sur le lieu même où il a vécu et créé cette œuvre de grande valeur qui restitue des pans entiers de notre histoire. Il est indéniable que durant tout son séjour en Algérie qu’il entama en 1883, à Bou-Saâda en particulier, Dinet a surtout peint le labeur, la patience et la fierté d’un peuple, sans oublier le charme particulier des femmes et la joie des enfants dont la même ferveur anime les Boussaâdis aujourd’hui. Il a donné à Bou-Saâda une dimension universelle.

Des sites féériques

-Oued Boussaâda et les rochers qui font son lit ne sont plus qu’un dépôt d’ordures traversées par l’évacuation des eaux usées. Jadis, c’était un espace de plaisance où des milliers de baigneurs nageaient avec plaisir dans son eau limpide, potable et qui coulait du haut des cascades pour donner de belles symphonies avec les chants des jeunes filles venant laver leur linge et soulager leur corps du poids de longues journées de labeur. Ce fut un temps !

Les jardins sont devenus des vergers pollués. L’expansion vers l’Est a été à l’origine de la création de Haï Si Sliman, érigé en vaste bidonville. Mais la construction de 15 000 logements résoudra probablement le problème de bidonvilles.

-Le Moulin Ferrero, construit en 1948 pour moudre le maïs et le blé n’est aujourd’hui que ruines abandonnées. L’érosion et le manque d’entretien l’ont détruit.

-Le tombeau de Dinet était autrefois entouré d’espaces verts magnifiques qui ont été squattés par des occupants qui ont construit illicitement des maisons de fortune. La route touristique, inaccessible pendant longtemps, a été restaurée.

-Le tombeau de l’Emir Khaled, figure de proue de la résistance algérienne qui a transité par Bou-Saâda et y a installéson Q.G.

-La forêt de Djebel Messaôud, plantée de pins et de aâraâr (ou genévrier, plante médicinale unique en son genre en Afrique du Nord) a été endommagée par le déboisement ravageur pour pallier aux conditions climatiques ; l’exploitation abusive du bois et l’extraction du goudron végétal, la chenille à soie, ont mis à nu ces terres qui faisaient l’oasis du monde.

-La zaouïa d’El Hamel a aussi connu une extension où on trouve d’anciennes armes de la résistance appartenant aux émirs ayant trouvé refuge dans ladite zaouïa, comme l’Emir Abdelkader, son neveu l’émir Hicham qui a un mausolée et l’émir Khaled. Récemment restructurée, la zaouïa où dort cheikh Sid El Hamel héberge, outre le fait qu’elle offre des séjours gratuits aux disciples et autres personnes désireuses d’apprendre le saint Coran en 9 mois, la plus riche bibliothèque d’Algérie en manuscrits. «Pas moins de 150 000 manuscrits, dans toutes les sciences, dorment sur les étalages de cette chambre du savoir» assure le vigile de l’enceinte. «C’est un temple du savoir, c’est une richesse pour l’Algérie» clamera ce fidèle du cheikh héritier de la tarika. L’aile aménagée en petit musée couve jalousement des fusils qui appartenaient aux résistants algériens des années 1800 et autres articles vestimentaires.

-Les dunes de sable font partie du patrimoine touristique de la région. Elles sont soumises au pillage et à l’exploitation abusive pour en faire des matériaux de construction. Elles ont disparu à cause du phénomène de fixation ; côté nord, pas de rénovation de dunes. Il existe des poches vides non rétablies.

-La palmeraie qui était, avec ses 15 000 palmiers, le poumon de l’oasis n’en comprend actuellement que 2 ou 3000. Deux facteurs, selon El Hadj Kirèche, notable de la ville, menacent cet espace vert, à savoir la pollution de l’oued qui irrigue les petites parcelles agricoles et le vieillissement des palmiers, aggravé par l’absence de renouvellement. Le manque de reboisement dû à l’appât du gain facile des autochtones : des bûcherons se sont accaparés des palmeraies à l’abandon pour abattre les palmiers et les petits agriculteurs en ont fait des petites cultures comme la salade, les carottes, les fenouils et les oignons.

Enquete réalisée par Fouad.O
Le jour d’Algérie du 07 avril 2008

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